Agression dans le métro : qu'aurions nous fait ?
Une enquête pour non assistance à personne en danger a été ouverte à Lille suite à l'agression d'une jeune femme dans le métro, la semaine dernière. Mais si tout le monde s'indigne, une question devrait aussi se poser : qu'aurions nous fait dans une telle situation ?
Ce sont des lâches. Honteux. Comment vivre avec ça sur la conscience ? Les commentaires sont nombreux depuis que l'on appris qu'une mère de famille de 29 ans s'était faite agresser sexuellement dans le métro de Lille, mercredi dernier. Une vingtaine de minutes sans que personne n'intervienne. Pourtant, la victime a demandé de l'aide, en vain. Certains passagers auraient même évité de monter dans le même wagon, alors que son agresseur la poursuivait.
Détourner le regard pour ne pas voir, pour ne pas être impliqué. Par peur d'être à son tour molesté ? Parce qu'une riposte pourrait valoir à celui qui intervient de possibles poursuites judiciaires en cas de coups et blessures ? Ces arguments sont de plus en plus avancés pour défendre ceux qui pourraient désormais être poursuivis pour non-assistance à personne en danger. Ils risqueraient pour cela jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende. Une peine lourde, rarement appliquée, et qui pour beaucoup ne fait pas le poids face aux 18 mois avec sursis dont a notamment écopé l'agresseur, jugé en comparution immédiate.
Mais au fond, nous qui sommes si prompts à dégainer pour critiquer, ne devrions-nous pas d'abord regarder devant notre porte et nous poser cette question : qu'aurais-je fait si j'avais été sur ce quai de métro ? Aurais-je passé un appel à la police ? Tiré la sonnette d'alarme ? Pris cette jeune femme avec moi pour la mettre à l'abri ? M'interposer, peut-être avec les poings ? Il est facile de s'imaginer en héros quand on ne se retrouve pas dans une telle situation. Combien de fois avons-nous détourné le regard pour des faits beaucoup moins graves ? Peut-être est-ce l'une des conséquences d'une société de plus en plus violente et anxiogène de par son insécurité. Une société également individualiste ou le vieux "chacun pour soi" et le "ouf, ce n'est pas à moi que cela arrive" sont devenus des principes pour beaucoup. Les exemples seraient nombreux, à des degrés divers, pour s'interroger sur notre capacité à porter secours et assistance.
Et puis dans tout cela, il y a quelquechose que l'on oublie : la victime. On s'intéresse aux usagers qui n'ont rien fait sans penser à celle qui doit désormais se reconstruire et apprendre à vivre avec ce traumatisme.