Clément Méric : drame de la récupération

Clément Méric : drame de la récupération

Après la mort du jeune militant jeudi dernier à Paris, chacun y est allé de son point de vue. Mais à côté des condamnations logiques, la classe politique s'est livrée à un triste spectacle. Une cacophonie qui ne fait que raviver les tensions dans un contexte déjà difficile.

Rien ne justifie l'injustifiable. C'est ce que chacun devrait se dire depuis les évènements de la semaine dernière. Quand Clément Méric s'est effondré rue Caumartin, victime d'un coup de poing mortel au cours d'une altercation entre son groupe d'amis, militants d'extrême-gauche pour la plupart, et un autre groupe, proche eux des mouvements d'extrême droite. L'anti-facisme face à l'ultra-nationalisme. Et surtout au centre de ce drame qui a coûté la vie à un étudiant de 18 ans : la violence.

Une violence dont n'ont pas hésité à se servir sans scrupule les politiques de tous bords, récupérant jusqu'à plus soif la mort du jeune Clément. L'os à ronger était trop gros pour que chacun n'essaye pas de s'y attaquer. Mais l'instrumentalisation a fait sonner l'orchestre bien faux. Et les uns de vouloir à tout prix être vus des caméras lors des rassemblements hommages, de se huer et se traiter de collabos ou autres noms d'oiseaux. Et les autres de crier à l'assassinat alors qu'il n'y a aucune préméditation dans ce geste aussi horrible soit-il, d'annoncer ou demander la dissolution de groupes d'extrême-droite ou d'extrême-gauche dans un étrange amalgame, ou encore de se rejeter la responsabilité de l'acte commis.

Sur ce point, cessons de nous voiler la face. Responsables, beaucoup le sont. Pas de la mort elle-même du jeune Clément mais de ce climat délétère qui empoisonne notre pays depuis plusieurs années. Notre « douce France » où la liberté, l'égalité et la fraternité semblent avoir été relégués aux seuls frontons des bâtiments sur lesquels plus personne ne porte un regard. Ah si, il y a une liberté, celle d'expression, que beaucoup brandissent en étendard pour justifier une parole nauséabonde et des actes qui le sont tout autant. Piège tendu pour une publicité indispensable dans lequel tout le monde tombe.

C'était mieux avant disaient les anciens il n'y a pas si longtemps. Désormais, nombreux sont ceux qui le pensent. Cela fait peut-être de nous des vieux cons. Mais des « jeunes vieux » lucides quant à l'avenir d'un pays où une telle violence verbale et physique se généralise. Et il n'y a pas que Clément. Il y a aussi Yoann, Ibrahim, Geoffrey pour ne citer qu'eux. Des victimes silencieuses qui ne feront pas la Une. Mais qui l'une après l'autre, cibles d'une haine qui se banalise, font irrémédiablement vaciller une République moribonde.

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