Coupe du Monde au Qatar : circulez y a rien à voir ?

Coupe du Monde au Qatar : circulez y a rien à voir ?

Alors que le Qatar doit accueillir le Mondial de football en 2022, des accusations d'esclavagisme sur les chantiers sèment le doute. Mais la FIFA se pose davantage de questions sur les températures excessives pour le bon déroulement de la compétition.

Il fait bon parfois de s'offusquer. De prendre son indignation en étendard, de mettre son émoi en écharpe et de s'en aller défendre une cause. De crier à qui voudra l'entendre que décidément le monde est ignoble et que hélas, une fois encore, des comportements ouvrent la porte à l'inadmissible.

En 2022, la Coupe du Monde de Football se jouera au Qatar. Personne n'est dupe sur le contexte et le doux froissement des billets qui ont permis au riche pays d'obtenir une des compétitions les plus suivies à travers la planète. Une attribution malgré les 50°C relevés en été, températures qui inquiètent seulement maintenant la FIFA pour les joueurs. La Fédération s'est d'ailleurs réunie en fin de semaine dernière pour étudier une question : celle d'un possible changement de calendrier, ce qui décalerait le Mondial à l'hiver, une première. Encore une fois, la montagne a accouché d'une souris puisque l'instance a décidé la mise en place d'un groupe de travail qui doit étudier cette possibilité.

Et c'est tout ? Ah non, le président de la FIFA, Joseph Blatter, a tout de même mentionné que lors de sa prochaine visite au Qatar, où il assurerait l'émir du maintien de la compétition dans son pays, il aborderait "les conditions de travail dans le pays". Mais attention, il ne faut pas s'attendre à grand chose puisque si l'on reprend ses déclarations, "la Fifa ne peut pas faire d'ingérence dans le droit du travail d'un pays". Ne pas l'ignorer mais se dire à l'avance impuissant devant la situation.

Ils ne pèsent pas bien lourds ces ouvriers qui sont en train de travailler comme des forçats sur les chantiers des stades, hôtels et autres structures. Pour eux, les 50°C semblaient donc supportables quand en décembre 2010, le comité exécutif de la Fédération décidait que le Qatar accueillerait le Mondial. Une décision toujours aussi supportable quand on apprenait le 25 septembre dernier par The Guardian que 44 d'entre eux, des népalais dont l'ambassade a fourni des informations au quotidien britannique, seraient morts à la tâche entre le 4 juin et le 8 août dernier ? Manque d'eau, logements minuscules et surpeuplés, salaires non versés, rétention des papiers d'identité... Le Guardian n'hésite pas et qualifie : de l'esclavage moderne. Et si l'on fait le compte, 4.000 ouvriers vont mourir dans les mêmes conditions d'ici l'ouverture du Mondial.

Au Qatar, on s'est dit offusqué avant de démentir. Parce qu'il y a aussi des sous-traitants, des entreprises parfois européennes...Et alors on a envie de dire ? Va-t-on à nouveau jouer au "c'est pas moi c'est lui donc je ne peux rien faire ?".

Doucement, certains commencent à remettre en question le choix de la FIFA et demandent que les qataris ne soient plus les hôtes de la compétition. Mais combien seront encore ces indignés quand il s'agira de regarder les matches de l'équipe de France, du Brésil ou de l'Angleterre en 2022 ? C'est loin 2022. Le Qatar aussi c'est loin. Et puis avant il y aura eu le Brésil, la Russie sur laquelle personne ne trouve rien à redire. En 2022, on peut prendre les paris. Dans la rue, il n'y aura alors plus grand monde pour se souvenir de ces victimes de la démesure. Mais beaucoup en revanche devant la télévision à trouver formidables ces grands stades climatisés construits pour l'occasion.