Du souci à se faire... à cheval ?
Le scandale du cheval dans les plats cuisinés n'en finit plus. Et si cette tromperie dénoncée était certes dérangeante mais pas affligeante ?
Heureusement, il y a Findus. Nous avons tous un jour, et peut-être encore à l'instant, fredonné la célèbre publicité de la marque. Depuis plusieurs semaines, son nom est au centre de toutes les conversations avec ce que l'on a surnommé Outre-manche le "horsegate". Du cheval trouvé dans des plats cuisinés à base de bœuf et c'est toute une filière qui s'est mise à trembler. Il y aurait eu de la mort aux rats dans les plats que les cris d'orfraie poussés par certains consommateurs interrogés en boucle n'auraient pas été plus forts. Ciel, du dada ! A en devenir fada. Si les anglais refusent culturellement de manger du cheval, c'est bien connu, en France ils ont toujours été nombreux, et le sont encore, à en manger un bon steak. Les boucheries chevalines ont encore leurs façades illuminées dans bien des rues. Et paraîtrait-il même que les établissements voient leur clientèle grossir depuis l'éclatement du scandale, bénéficiant d'un regain d'intérêt et de curiosité pour cette viande. Alors oui, du cheval dans des lasagnes, tromperie sur l'étiquetage mais on a envie de dire: et alors ?
Si les risques sanitaires sont inexistants, que les normes ont été respectées, il n'y pas péril dans le hachis. Plutôt une sorte de panurgisme qui a poussé à bannir et honnir tout d'un coup les plats cuisinés. Et si plusieurs marques ont retiré leurs produits de la vente, c'est principalement Findus qui a été montré du doigt. Pour éviter de perdre sa position de leader sur le marché du surgelé, l'entreprise a décidé de contre-attaquer, lançant samedi dans la presse une campagne de réhabilitation. Et de se gargariser: « Les tests ADN effectués par Findus ont mis à jour une fraude sur la filière bovine à l'échelle européenne ». Pour redorer son blason, rien de mieux que de se faire chevalier. On nous promet de la viande bovine 100% française, de la transparence, des contrôles plus poussés. Carrefour et Intermarché lui ont emboîté le pas. Heureusement qu'il y a Findus pour montrer la voie !
Mais, hélas pour lui, le groupe s'est fait voler la vedette par une autre société plus inspirée. Des communicants qui, profitant de l'occasion pour faire le buzz, ont diffusé ce week-end de fausses publicités attribuées à la marque. Des affiches avec le message : "Chez Findus, nous sommes très à cheval sur la qualité et la provenance de nos ingrédients". Un jeu de mot qui aurait dû mettre la puce à l'oreille des internautes, très rapides à faire circuler les images et qui pour beaucoup ont cru à la véracité de la campagne. Mais le groupe a rapidement démenti, déclarant même qu'il pourrait porter l'affaire en justice. D'enquête en enquête, peut-être arriverons-nous à avoir le fin mot de l'histoire, à cent pur-sang ?
Certains ont également trouvé un bon moyen de bénéficier de ce "chevalgate" : les associations. Si la Croix Rouge a refusé, estimant que les plus démunis n'avaient pas à manger ce qui ne le serait pas par les autres, le Secours Populaire et la Fédération des Banques Alimentaires se sont déclarés prêts à récupérer les plats non consommés, si le feu vert leur était donné. En Finlande, une entreprise a déjà demandé l'autorisation de le faire. A voir si maintenant en France, c'est une solution qui sera envisagée. Rien n'est moins sûr. Au moment où on nous parle en permanence de gaspillage et de pauvreté, va-t-on jeter des tonnes de plats consommables et que certains seraient heureux d'avoir ? Même si c'est du cheval. Même si des lasagnes ou du chili d'étalon ce n'est pas banal. Heureusement il y a Findus.