L'impossible gouvernement d'union nationale

L'impossible gouvernement d'union nationale

Selon un récent sondage, 8 français sur 10 seraient favorables à la mise en place d'un gouvernement d'union nationale. Mais à imaginer un conseil où les ministres seraient issus des différents partis, cela relèverait presque du vaudeville.

13h. Cour de l'Elysée. Devant une foule de journalistes, le ballet des voitures avec chauffeur démarre pour récupérer leurs éminents passagers. Le conseil des ministres se termine. Désormais, il ne dure plus une heure et demi mais le double, tant les débats sont houleux selon une source interne.
Et pour cause. Plus de majorité, plus d'opposition. Désormais le gouvernement est composé de toutes les tendances représentées à l'Assemblée Nationale et au Sénat. Une unité bien utopique pour sauver la France. Si l'intention est louable, qui pouvait sincèrement croire qu'avec les représentants actuels de la classe politique, il en serait autrement ?

Pendant que les conseillers discutent de la question avec les rédacteurs, les huissiers ouvrent la porte du Palais. Et un par un, les ministres commencent à sortir. Jean-Luc Mélenchon propulsé au Travail n'accorde pas un mot comme à son habitude et s'amuse des tentatives désespérées du journaliste d'une chaîne info qui essaie de le questionner. Marie-George Buffet revenue au Sport entame tête baissée son footing hebdomadaire sur le gravier de la cour pour rejoindre sa voiture. Jean-François Copé, heureux de s'être vu confier le ministère de l'Intérieur, savoure sans évoquer ses actions sa place acquise à la droite du président et se voit déjà reprendre le fauteuil en 2017. L'invisible Hervé Morin, dans les pas de Jean-Louis Borloo, arpente les escaliers et attend vainement qu'une interview lui soit demandée sur sa réforme pénitentiaire. Ce que n'a pas à faire Marine Le Pen, sollicitée de toute part alors qu'elle ne s'est pourtant vue attribuer que le portefeuille de l'artisanat des Terres Australes, parce qu'il fallait bien constituer cette « union nationale » et ne pas oublier le parti qu'elle dirige. Tous ne se seront pas adressés un seul regard, une indifférence prévisible mais qui ne démontre vraiment rien de bon pour un groupe censé sauver la France du marasme dans lequel elle est plongée. Un gouvernement que le Premier ministre François Bayrou, sorti du conseil croulant sous une pile de dossiers, n'a pas l'air de bien connaître puisqu'il a demandé au chauffeur de Michel Sapin, un des socialistes rescapés, de lui faire parvenir sa circulaire sur la réorganisation des épreuves du bac. Pour les témoins de ce manège elyséen, habitués depuis plusieurs semaines, chaque mercredi est devenu la place où venir se repaître d'un spectacle qui relève tantôt du vaudeville, tantôt du théâtre de Guignol.

Derrière tout cela, François Hollande apparaît rapidement, passant derrière la porte vitrée pour rejoindre son bureau. Le visage déprimé. Les français ne l'aiment pas. Son autorité est définitivement perdue face à ses ministres dissipés qui ne l'aiment pas plus.

Allez stop. Rideau sur l'imagination. Si l'institut IFOP nous affirme, selon son dernier sondage pour le JDD, que 78% des français sont favorables à un gouvernement d'union nationale, nous n'en sommes pas encore à assister à un tel conseil des ministres. Et cela vaut peut-être mieux non ?

gouvernement union nationale François bayrou ministres Elysée François Hollande