La loi du pantalon

La loi du pantalon

Depuis le 31 janvier dernier, les parisiennes peuvent enfin porter des pantalons sans enfreindre la loi. Surprenant? Weekly vous explique le pourquoi du comment.

Les parisiennes ne le savaient peut-être pas mais la grande majorité était en infraction chaque jour. Et c'est pour une question toute vestimentaire qu'elles se retrouvaient hors la loi. Leur pantalon! Et oui! Saviez-vous que jusqu'au 31 janvier dernier, les parisiennes n'avaient pas le droit d'en porter? Tout cela à cause d'une ordonnance qui remonte au 16 brumaire an IX, soit le 7 novembre 1800, prise sous Napoléon Bonaparte alors Premier Consul. Le texte stipulait que toute femme voulant "s'habiller en homme" devait demander l'autorisation à la préfecture de police, et obtenir aussi une justification médicale pour avoir les jambes couvertes. "Toute femme qui, après la publication de la présente ordonnance, s'habillerait en homme, sans avoir rempli les formalités prescrites, donnerait lieu de croire qu'elle aurait l'intention coupable d'abuser de son travestissement". Porter un pantalon s'apparentait donc à se travestir. Et c'était surtout le moyen de tenir les femmes à l'écart dans la société, notamment de certaines fonctions occupées exclusivement par des hommes. En 1892 puis 1909, deux circulaires sont tout de même venues alléger un peu l'interdiction. Les femmes pouvaient enfin porter un pantalon...mais seulement si elles tenaient les rênes d'un cheval ou le guidon d'un bicyclette! Deux situations où il leur était impossible de maintenir leur jupon!

Mais pourquoi seulement à Paris? Il faut savoir que c'est dans la capitale que le règlement s'est appliqué car c'est là que le mouvement révolutionnaire des sans-culottes a vu le jour en 1792. Et le pantalon était une de leurs revendications, pour se différencier des nobles, notamment pour les femmes qui scandaient ainsi: "Nous portons la culotte. En garçons habillés marchons, pour vaincre les despotes. Adieu nos chers parents, c'est les femmes d'à présent !". Mais elles n'auront hélas pas eu gain de cause, avec une interdiction formelle quelques années plus tard.

Bien sûr, cette ordonnance de 1800 n'avait plus aucune valeur depuis longtemps. Personne ne risquait grand chose à se promener en pantalon dans les rues parisiennes. Mais il aura fallu attendre tout de même plus de deux siècles pour que l'abrogation soit officielle. Et ils auront été nombreux à la demander! De la féministe Marie-Rose Astié de Valsayre en 1887 au député UMP Jean-Yves Hugon en 2004, en passant par le Conseil de Paris en 2010 et la sénatrice socialiste du Finistère Maryvonne Blondin en juin 2011. A tous, la préfecture de police avait répondu que ce n'était pas une priorité et que la mesure était devenue une "archéologie juridique".

Un fossile législatif? Pas tant que ça quand on sait que jusqu'en 1980, les femmes politiques n'avaient pas le droit de siéger au Parlement en pantalon. L'historienne Christine Bard évoque ainsi dans un livre une anecdote à l'Assemblée Nationale, en 1972. Une jeune conseillère politique, Michèle Alliot-Marie, se voit refuser l'entrée parce qu'elle n'était pas en jupe. "Si c'est le pantalon qui vous gêne, je l'enlève de suite", avait-elle répliqué à l'huissier qui s'était finalement ravisé.

Les usages avaient donc la vie dure. Et c'est finalement le ministère des Droits des femmes de Najat Vallaud-Belkacem qui a franchi la dernière étape avec une abrogation officielle publiée au Journal Officiel la semaine dernière, suite à une question écrite du sénateur UMP de Côte d'Or Alain Houpert qui estimait que "la portée symbolique" d'une telle disposition pouvait "heurter nos sensibilités modernes". "Cette ordonnance est incompatible avec les principes d'égalité entre les femmes et les hommes qui sont inscrits dans la Constitution et les engagements européens de la France […] De cette incompatibilité découle l'abrogation implicite de l'ordonnance qui est donc dépourvue de tout effet juridique", a ainsi répondu le ministère.

Les parisiennes sont donc libres! A vos futal, falzar et autre fendard! Mais puisque nul n'est sensé ignorer la loi, peut-être devrions nous vous préciser qu'il reste encore quelques lois étonnantes toujours en vigueur en France. Comme celle qui nous impose d'avoir à notre domicile une botte de foin au cas où le roi passerait avec son cheval. Celle qui nous empêche d'appeler un cochon Napoléon. Ou celle encore qui nous interdit de s'embrasser sur les rails. Il y a aussi ce décret qui indique aux maires de s'habiller d'un chapeau à plumes noires, d'un habit bleu avec broderies en argent et d'une épée argentée. Et enfin: saviez-vous qu'à Paris, les poubelles sont considérées comme des armes mortelles? Dura lex, sed lex. La loi est dure mais c'est la loi. Et certaines ont au moins le mérite de nous faire rire.