Légion... Quel honneur ?
"La Légion d'honneur de Lyon ? La rosette !", disait Boris Vian. Et à voir certaines promotions de décorés, on en viendrait bien à se demander si tout ce cérémonial n'est pas du lard ou du cochon. Et si finalement, Le véritable honneur était de la refuser ? Et de faire à la breloque un bras...d'honneur évidemment ?
"La Légion d'honneur de Lyon ? La rosette !", disait Boris Vian. Et à voir certaines promotions de décorés, on en viendrait bien à se demander si tout ce cérémonial n'est pas du lard ou du cochon.
Une fois n'est pas coutume, la liste dévoilée le 1er janvier dernier en a laissé perplexe plus d'un. Sur les 681 récipiendaires, on ne s'étonne guère désormais de voir se côtoyer anciens résistants, médecins, enseignants, chefs d'entreprises, artistes et autres journalistes. Pire, nous avons pris l'habitude de ne plus sourciller, désabusés, en entendant que Stone et Charden ou Daniela Lumbroso, pour ne citer qu'eux, rejoignaient la grande famille des 100 000 dont font également partie Jean Moulin, Lucie Aubrac ou Hélène Carrère d'Encausse. Autre exemple : celui de l'actrice Salma Hayek, honorée l'an dernier. Faut-il aller chercher une raison du côté de son mari, François-Henri Pinault, PDG du célèbre groupe de luxe ? Il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésitent pas à franchir.
Si l'on en croit la définition donnée par la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, la "plus haute décoration française", créée en 1802, récompense "les mérites acquis […] dans tous les secteurs d'activité du pays". Mais quels sont ces éminents mérites dont certains pourraient se prévaloir pour voir leurs noms apparaître au Journal Officiel?
Fort heureusement, les promus n'auront que peu d'avantages. Ils devront s'acquitter de frais de chancellerie pour obtenir leurs diplômes, payer leurs médailles et le traitement annuel auquel ils peuvent prétendre varie entre 6 et 37 euros selon les grades.
Tout est donc une simple question d'honneur et de reconnaissance. De mérite civil et de bravoure militaire paraît-il. De dévouement pour la France donc d'une certaine façon. Dévoués sportifs qui ont porté haut nos couleurs lors des derniers Jeux Olympiques de Londres et qui, à l'exception de Renaud Lavillenie et Nikola Karabatic pour ennuis judiciaires, ont vu leurs exploits récompensés par la légion d'honneur ou l'ordre national du mérite. Mais le tableau des champions auréolés de gloire tricolore n'est pas si reluisant. Car quand il distingue les tennismen Richard Gasquet et Jo-Wilfried Tsonga pour leurs bronze et argent ramenés d'Outre-Manche, le président de la République a-t-il pensé à leur exemplarité fiscale ? Représentation de la France sur les courts mais pas devant les impôts puisque les deux joueurs ont préféré l'exil suisse. Sont-ils moins "minables" que notre Gérard Depardieu national, à qui certains voudraient déjà retirer la breloque qu'il recevait en 1996 ?
Pour la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, il y a une "différence à faire entre les gens qui choisissent d'habiter quelque part, parfois pour mobilité professionnelle, parfois pour des raisons personnelles et puis les citoyens français qui déclarent haut et fort s'exiler fiscalement pour éviter d'apporter leur contribution au juste effort à fournir en période de crise".
Bien sûr. Il n'y a pas de différence. Que l'un ait été jeté en pâture jusqu'à finir russe alors que les autres jouissent encore d'une notoriété tranquille ne penche en rien dans la balance. Cela donne encore plus l'impression d'une gigantesque kermesse où pleuvent les médailles en chocolat.
On en vient à mieux comprendre alors ceux qui comme Jacques Tardi refuse "le fatal insigne qui ne pardonne pas" comme le chantait Brassens, lui aussi ayant décliné la décoration. Tout comme Albert Camus, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Bourvil ou encore Philippe Séguin.
Le véritable honneur ne sera-t-il pas bientôt de la refuser ? Et de faire à la breloque un bras...d'honneur évidemment ?
Jean Yanne le disait avec ses mots à lui. "La Légion d'honneur, c'est comme les hémorroïdes. Aujourd'hui, n'importe quel trou du cul peut l'avoir". A qui le tour ?