Les Restos : attaques en plein coeur
Avec l'hiver, les associations d'aides aux plus démunis intéressent à nouveau les médias. Mais elles deviennent aussi la cible des critiques faciles.
Lundi dernier les Restos du Coeur ont lancé leur campagne hivernale. Ce week-end, c'était au tour de la Banque Alimentaire de récolter des denrées et autres produits pour aider les plus défavorisés. Et dans certains supermarchés, on pouvait assister à de drôles de scènes. Les clients soudain adeptes de caddies Formule 1 qui ne jettent pas un regard, ceux qui répondent un étrange "non merci" aux papier et sac tendu comme si c'était un cadeau. Et puis il y a ceux qui râlent.
Parce que c'est bien simple : soit les bénévoles vont en garder la moitié pour eux, soit cela ira à des gens qui ne le méritent pas. La discussion arrive ainsi souvent sur des poncifs éculés et véhiculés tant par certains reportages que par des témoignages disséminés ça et là sur internet. Il y a cette fameuse connaissance, ou connaissance de connaissance, qui a été bénévole quinze jours et qui a fini par partir, dégoûtée du spectacle donné par les bénéficiaires. Etonnant quand on sait que le bénévolat se fait souvent une fois par semaine, donc l'engagement n'aura pas duré si longtemps et n'est-ce pas alors difficile de se faire une réelle opinion ?
Bien sûr qu'il ne faut pas se voiler la face : certains profitent des associations. Mais ils ne sont qu'une infime minorité. Pour une famille qui fera le tour des épiceries solidaires car il n'existe pas de fichier global de recensement, ou une autre qui revendra certains produits, ou encore un énième bénéficiaire qui habitué à la galère de la rue deviendra agressif et difficile, combien de réels nécessiteux savent quelle chance ils ont de recevoir un peu de chaleur et de générosité ? Beaucoup. Beaucoup plus que ceux qui sont habitués à s'abreuver de reportages et des on-dit veulent le croire.
Comme il est plus aisé de penser qu'il n'y a que des immigrés en berline qui viennent prendre des colis alimentaires pour se dédouaner d'un quelconque geste et se déculpabiliser ! Les bénéficiaires sont parfois un voisin, un collègue qu'on ne soupçonne pas d'être dans une telle précarité. Et ils sont hélas de plus en plus nombreux à pousser les portes des associations comme les Restos du Coeur qui oeuvrent parfois toute l'année, il ne faut pas l'oublier une fois le printemps venu. Et ces portes, ils les passent avec un courage et une dignité que beaucoup de ceux qui détournent le regard n'ont pas.