Sacré Charlemagne

Sacré Charlemagne

La question revient souvent, alimentée par les gros titres de nos journaux. Les temps ont changé, c'est certain, mais il y a parfois de quoi être perplexe en observant notre système scolaire. Que se passe-t-il dans nos écoles?

Qui a donc eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ? Il doit la regarder désormais avec des yeux pleins de perplexité et d'incrédulité.

Nous avons eu les élèves qui se rackettent entre eux. Ceux qui se tabassent dans la cour ou à la sortie de l'école. Rien de neuf hélas et les situations, aussi traumatisantes soient-elles, ne font plus que rarement la Une pour émouvoir les foules. Sauf peut-être quand les bagarres se transforment en lynchage, après un acharnement sur les réseaux sociaux. Ou qu'une arme est sortie lors d'une rixe.

Nous avons fini par avoir des enseignants, des conseillers d'éducation ou autres responsables qui se font agresser par des élèves, avec plus ou moins de violence. Pour un carnet de correspondance que l'un ne veut pas donner, pour une punition ou une réflexion mal acceptée. Il y a aussi eu ceux qui se sont fait racketter. Comme ce professeur frappé à la sortie de son collège pour son téléphone portable. Inacceptable et personne n'ira dire le contraire.

Les élèves contre les élèves. Les élèves contre des professeurs. Cela pourrait s'arrêter là. Mais une autre équation est venue se poser ces dernières années. Les parents contre les professeurs. Combien de fois avons-nous entendu que Madame X s'était fait insultée et baffée par une mère à qui son enfant avait rapporté que soit-disant "la maîtresse l'avait injustement saqué", que Monsieur Y s'était fait casser les côtes pour avoir demandé à une jeune fille de sa classe d'être attentive ? Lyon, en octobre dernier. Un enseignant a eu six jours d'ITT après un passage à tabac par le père d'une adolescente à qui il avait simplement demandé de ne pas perturber un cours de sport. La pauvre, martyrisée par la réprimande, avait appelé son paternel à la rescousse. Et lui, désireux de protéger sa progéniture du grand méchant Prof, s'était évidemment précipité. Incroyable mais vrai.

L'école n'est plus ce havre de paix et d'apprentissage. "Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison", disait Victor Hugo à l'époque où être sur ses bancs était un luxe. Et de l'école à la case pénitentiaire, il n'y a parfois qu'un pas. Et pas forcément pour les raisons que l'on imagine. Elles sont parfois surprenantes et inattendues.

Qui aurait ainsi pensé que dans l'échelle hallucinante des faits divers à l'école, nous entendrions un jour parler de la catégorie des professeurs contre les parents ? Car oui, les rôles s'inversent. Là, pas de violence. Mais du racket. Un enseignant qui, pour éviter des sanctions à l'un de ses élèves qui lui avait lancé un projectile encore non identifié sur la tête, n'a rien trouvé de mieux que de faire payer les parents du jeune homme. Du fric contre son silence. 300 euros par mois, selon un contrat écrit, pour arriver à la somme de 7.500 euros. Poursuivi pour extorsion et risquant ainsi sept ans de prison, le professeur de 53 ans se défend en disant qu'il a voulu protéger une famille, à la demande même des parents du lycéen. Bien sûr.

Il y aurait beaucoup à dire encore. Sur ces collégiennes lookées comme des étudiantes qui doivent se faire de sacrés biceps à force de porter tous leurs livres dans de minuscules sacs à main.
Sur tout ce que l'on ignore certainement, étouffé par le mammouth. On pourrait dire aussi que beaucoup, même encore jeunes, se considèrent comme des vieux cons en voyant une école qui part dans tous les sens, où les rôles s'inversent et où le respect des enseignants et responsables d'établissements a disparu. L'enfant a forcément raison. A une époque pas si lointaine, la question ne se posait pas en cas de punition pour les parents.

Alors heureusement, le verre n'est pas qu'à moitié, voire complètement, vide. Car il existe des écoles qui résistent encore et toujours aux irrespectueux envahisseurs. Où les parents ne rentrent pas dans ce facile jeu du "tous pourris". Où les professeurs ne se transforment pas en chasseurs de rançons. Il y a des établissements où tout se passe bien, dans une atmosphère éducative calme, avec des enseignants passionnés et qui ne pensent pas à leur prochain cours de self-defense ou prise de médicaments pour survivre. Là, il ne s'y passe rien sauf la saine transmission du savoir et même de valeurs. Mais elles n'intéressent pas grand monde ces écoles après tout. Sacré Charlemagne.